Cet éminent spécialiste de l’hébreu biblique, lauréat du prix d’Israël, avait fui les les nazis en 1938 ; il écrivait encore même après son centième anniversaire

Le professeur Yehoshua Blau, une sommité dans le domaine des langues sémitiques, s’est éteint le 20 octobre à Jérusalem à l’âge de 101 ans. Ce lauréat du prix d’Israël aura continué ses activités jusqu’au dernier moment, publiant des articles et écrivant des livres – dont certains sont encore à paraître – notamment consacrés aux textes qui avaient été retrouvés à la gueniza du Caire.

Prof. Joshua Blau poses for a picture at his home in Jerusalem on August 22, 2019. Photo by Yonatan Sindel/Flash90 *** Local Caption *** פרופ’ יהושוע בלאו למוסף שבת פורטרט איש מבוגר שפה עברית ערבית

Né à Cluj, en Roumanie (Transylvanie) en septembre 1919, Blau et sa famille avaient fui les nazis pour le pré-État d’Israël en 1938. Son père, Pinchas (Paul), était l’un des rédacteurs à l’origine du journal sioniste hongrois Uj Kelet. Avant d’immigrer en Palestine, Blau avait pris part à un programme rabbinique à Vienne et il aura maintenu une pratique religieuse orthodoxe même après être entré dans le milieu universitaire.

A l’université hébraïque de Jérusalem où il s’était inscrit, Blau a étudié l’hébreu, la Bible et l’arabe, obtenant une maîtrise en 1942. Il a épousé Shulamit (qui lui survit) en 1945, avec laquelle il aura deux enfants : un fils, devenu scientifique, et une fille, qui a enseigné l’arabe.

Les études de doctorat de Blau furent retardées par la guerre d’Indépendance, dans laquelle il a combattu. Il obtiendra son doctorat en 1950 grâce à une thèse consacrée à « la grammaire du dialecte judéo-arabe ».

Avant sa carrière universitaire, Blau avait été professeur au lycée et avait publié plusieurs ouvrages consacrés à la grammaire hébraïque. Il avait brièvement enseigné à l’université de Tel Aviv mais était ensuite parti à l’université hébraïque, qui allait devenir son foyer d’études privilégié pendant toute sa carrière, en 1957. Il prend sa retraite officielle en 1986, un an après avoir remporté le prix d’Israël. Il était depuis professeur émérite de l’université et allait prendre officieusement sous sa coupe des étudiants en doctorat qu’il avait guidé même après avoir franchi le cap des 90 ans.

Blau est particulièrement connu pour son travail sur la grammaire de l’hébreu biblique, la linguistique des langues sémitiques et les dialectes judéo-arabes. L’un de ses anciens élèves, lui rendant un hommage appuyé, confie au Times of Israel que ce professeur était une force de la nature qui s’intéressait à tous les sujets possibles. Parmi ses autres domaines de recherche, le développement dans l’histoire de la linguistique hébraïque, la renaissance de l’hébreu, l’arabe médiéval et l’arabe chrétien.

« Ce type de linguistique n’avait jamais été suffisamment étudié ou examiné auparavant parce qu’il se situait hors du champ d’application de la culture musulmane. Dans ses études, Blau a livré une analyse profonde et une description minutieuse d’une littérature unique et à part entière », dit un article encyclopédique consacré au linguiste.

Depuis les années 1950, Blau était un membre actif de l’académie de la langue hébraïque et il avait été son président de 1981 à 1993. Il avait néanmoins continué à écrire pour son journal, Leshonenu, jusqu’en 1999. Et, jusqu’à une date récente, il avait continué à assister à toutes ses sessions plénières, pendant lesquelles des termes et des règles de grammaire sont ratifiés.

Selon sa biographie sur Academia.edu, Blau a été élu membre de l’Académie des Sciences et des Sciences humaines israélienne en 1968 (et en a dirigé le département des sciences humaines de 1989 à 1995) et fait membre correspondant de la British Academy en 1983.

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