« On n’arrive pas à croire qu’on en est enfin là », dit l’une des trois soeurs australiennes qui accusent l’ex-directrice d’agressions sexuelles ; les autres saluent la décision

Les accusatrices de la pédophile présumée Malka Leifer ont salué un jugement rendu par la cour de Jérusalem qui a statué que cette dernière était apte à être extradée en Australie où elle sera jugée, une décision qui a été prise lundi. Elles ont exprimé leur soulagement de ce que Leifer puisse enfin être amenée à répondre de ses actes à l’issue d’une bataille judiciaire interminable.

La magistrate Miriam Lomp a déclaré lundi que Leifer, ancienne directrice d’école qui avait fui l’Australie lorsque les accusations lancées à son encontre avaient fait leur apparition en 2008, pourrait être extradée en Australie où elle devra répondre de 74 chefs d’accusation pour abus sexuels sur mineures. Les groupes de défense des droits des victimes ont exprimé l’espoir que cette décision vienne mettre un point final à six ans d’efforts en faveur de son extradition, même si les avocats de la pédophile présumée ont indiqué qu’ils feraient appel – ce qui pourrait encore reporter les procédures.

« C’est une victoire pour la justice !! Une victoire pour toutes les survivantes !! » a écrit l’une des accusatrices de Leifer, Dassi Erlich, peu après l’annonce du jugement. « Pouvoir respirer après toutes ces années où nous avons retenu notre souffle ! Nous sommes réellement reconnaissantes envers tous ceux qui nous ont défendues dans notre refus de garder le silence ! Aujourd’hui, nos coeurs sourient ! »

Erlich et ses soeurs, Nicole Meyer et Elly Sapper – qui ont aussi accusé Leifer – ont fait part de leur satisfaction en apprenant le jugement depuis Melbourne.

« On ne peut pas s’empêcher de sourire », a confié Meyer, aux côtés de ses soeurs, devant les caméras de la chaîne Nine Network.

« Il y a tellement d’émotions qui nous envahissent maintenant – le soulagement, l’excitation – on a du mal à croire qu’on en est enfin arrivées là », a ajouté Meyer.

Le ministère de la Justice a salué la décision, évoquant « une journée importante et significative pour l’Etat de droit, pour la coopération internationale et – plus important encore – pour celles qui ont été les victimes des crimes commis par Malka Leifer ».

Dans un communiqué, le ministère a indiqué que Leifer « a fait tout son possible pour retarder les procédures et éviter l’extradition, notamment avec des tentatives répétées visant à convaincre le tribunal qu’elle était inapte à subir des procédures d’extradition ».

« Aujourd’hui, le tribunal vient de mettre un terme à ces tentatives en déclarant qu’elle pourra être extradée », a continué le ministère. « Nous sommes très satisfaits de la décision prise par la cour et nous nous réjouissons de la coopération continue et réussie mise en place entre Israël et l’Australie ».

Les déclarations saluant cette décision ont été toutefois teintées de critiques sur le temps qui aura été nécessaire pour en arriver à ce jugement d’extradition. Les critiques – avec parmi elles, les victimes présumées de Leifer – ont accusé les autorités israéliennes de faire traîner le dossier en longueur bien trop longtemps et l’affaire a entraîné des tensions entre Israël, le gouvernement et la communauté juive australienne.

« La justice, la justice vous devez poursuivre », s’est exclamé Josh Burns, député australien, membre fédéral pour Macnamara, citant la bible après l’annonce du jugement.

« La justice a pris beaucoup trop de temps », a ajouté Burns, qui a suivi le dossier de près. « Mais aujourd’hui, la justice a finalement gagné. Et tandis que nous pouvons nous attendre à plusieurs nouveaux appels, nous appelons le système judiciaire israélien à les traiter dans les meilleurs délais et le ministre de la Justice à donner le feu vert final à l’extradition sans attendre davantage ».

Les avocats de Leifer ont indiqué qu’ils feraient appel de l’ordonnance d’extradition devant la Cour suprême israélienne, évoquant « une décision politique ».

« Pour ceux qui considèrent que ce chapitre est dorénavant terminé, je suis désolé mais les choses vont encore durer quelques mois de plus », a dit Nick Kaufman, l’un des avocats de la Défense de Leifer.

Il faudra encore qu’Avi Nissenkorn, ministre de la Justice, signe l’ordonnance d’extradition pour que Leifer soit placée dans un avion en partance pour l’Australie – autre initiative susceptible de donner lieu à un appel.

Nissenkorn a écrit sur Twitter qu’il avait l’intention d’avancer rapidement dans la procédure d’extradition.

« Après des années de tourment, les victimes vont finalement avoir droit à la justice », a-t-il écrit dans un post. « Leifer a commis des actes graves et elle a tenté de se faire passer pour une malade psychiatrique pour échapper à l’extradition. Je vais oeuvrer en faveur de l’avancement de la procédure, autant qu’il me sera donné de le faire, pour pouvoir mettre en place l’extradition de Leifer vers l’Australie ».

Pendant des années, les audiences consacrées à la pédophile présumée avaient été reportées sous couvert de l’inaptitude psychologique de l’accusée à être traduite en justice. Un tribunal de Jérusalem avait suspendu les procédures en 2016, estimant qu’elle n’était pas capable de supporter un procès. Elle avait été arrêtée une nouvelle fois en 2018 après avoir été filmée vivant une vie totalement normale et sans difficultés.

Leifer aurait été aidée par le chef du parti Yahadout HaTorah Yaakov Litzman, dont la police avait recommandé l’inculpation l’année dernière en raison de pressions qu’il aurait exercées sur les psychiatres, avec pour objectif de changer les expertises des médecins soumises aux magistrats, faisant en sorte que l’accusée soit considérée inapte à être envoyée vers l’Australie.

La Fédération sioniste d’Australie a salué la décision « tardive » des magistrats et a appelé la pédophile présumée à « accepter ce jugement sans faire d’appels supplémentaires non-nécessaires et à venir affronter ses accusatrices devant une cour australienne ».

« Il est largement temps de faire revenir Leifer ici. Les survivantes méritent que justice soit faite », a-t-il affirmé.

Leibler a rappelé qu’au mois d’octobre dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui avait garanti qu’aussitôt que l’extradition serait ordonnée, le gouvernement « fera tout ce qui est en son pouvoir pour faciliter le processus d’extradition, et s’abstiendra très certainement de toute démarche susceptible de la retarder encore ».

« Et je m’attends à ce que le Premier ministre honore cet engagement », a-t-il écrit.

Magen, l’organisation israélienne qui avait utilisé des caméras cachées pour fournir la preuve que Leifer simulait la maladie mentale, a commenté dans un communiqué la décision de la cour, disant que « le jugement rendu ce matin par les magistrats nous ôte un poids et valide ce que nous et tant d’autres n’avons cessé de dire pendant si longtemps – que Malka Leifer va bien et qu’elle doit être traduite en justice pour les crimes qu’elle aurait commis ».

Manny Waks, directeur-général de Kol V’Oz, une organisation dont le siège est en Israël et qui lutte contre les violences sexuelles sur mineurs dans la communauté juive du monde entier, a indiqué dans un communiqué que les 71 audiences qui avaient été nécessaires pour en arriver à cette décision d’extradition « sont une honte pour Israël » et qu’elles avaient été « un fardeau qu’il aurait été possible d’éviter » de poser sur les épaules des victimes présumées de l’ancienne directrice d’école.

« Il est important que nous ne perdions pas cela de vue et que nous allions au coeur de tout ce qu’il s’est passé, en abordant le rôle qui a pu être tenu par la communauté ultra-orthodoxe et par les politiciens qui les représentent dans ce scandale, de manière à ce qu’une telle situation ne se répète jamais », a noté Waks.

« Aujourd’hui, c’est un grand jour pour la justice », a-t-il continué. « C’est un moment dont nous avons pu parfois penser qu’il n’arriverait jamais mais nous sommes heureux qu’il soit enfin là ».

Dans la décision de lundi, a écrit Lomp, « j’accepte la plainte et je déclare que l’accusée peut être extradée vers l’Australie pour y répondre des crimes qui lui sont attribués dans la demande d’extradition ».

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